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L'atelier › Décochage

Décochage

ÉtapeFonteNiveau : Initiation

Une fois le métal coulé et figé, l'arbre de fonte sort encore prisonnier de son moule de plâtre. Le décochage est l'instant où l'artisan libère les pièces brutes, retire le revêtement réfractaire et révèle pour la première fois le métal solidifié. C'est le passage du monde de la fonte à celui de la finition.

Croquis d’atelier — Décochage
Étape · Fonte

Détacher les pièces brutes de leur arbre et retirer le plâtre réfractaire avant ébavurage.

Définition

Le décochage est l'étape de fonte qui consiste à détacher les pièces brutes de leur arbre de coulée et à retirer le plâtre réfractaire (appelé aussi revêtement ou « investment ») dans lequel le métal a été coulé, avant de passer à l'ébavurage. C'est l'opération qui clôt le cycle de la fonte à cire perdue et ouvre celui de la mise en forme et de la finition.

Dans le langage de l'atelier de joaillerie, on parle souvent de « casser le cylindre » ou de « décocher l'arbre ». Le mot vient du vocabulaire de la fonderie industrielle, où le décochage désigne précisément la séparation entre la pièce moulée et le moule de sable ou de plâtre. En bijouterie, le geste est plus délicat : on ménage des pièces minuscules et fragiles, parfois encore reliées par de fins canaux d'alimentation.

Les étapes

  1. Refroidissement et trempe du cylindre. Après la coulée, on laisse le cylindre (le tube métallique contenant le plâtre et l'arbre) reposer quelques minutes, puis on le plonge dans un seau d'eau froide. Le choc thermique fait éclater et se déliter le plâtre réfractaire : un nuage de vapeur et de particules se dégage. On porte des lunettes, des gants et un masque, car la silice du plâtre est nocive à respirer.
  2. Délitage du gros du plâtre. Le cylindre vidé sous un filet d'eau, on dégage l'arbre métallique de la majeure partie du revêtement, qui se désagrège en bouillie. On travaille au-dessus d'un bac à décantation (jamais directement dans l'évier) pour récupérer les boues, qui contiennent des fines de métal précieux et ne doivent pas partir à l'égout.
  3. Nettoyage des résidus de plâtre. Les pièces gardent du plâtre incrusté dans les recoins, les galeries ajourées et les griffes. On les passe au jet d'eau, à la brosse, puis souvent au bac à ultrasons, voire dans un bain de décapage acide doux pour dissoudre le réfractaire restant et l'oxydation de surface.
  4. Inspection de l'arbre. On examine l'arbre de coulée à la loupe binoculaire : toutes les pièces sont-elles bien venues ? Y a-t-il des manques, des bulles, des coulées incomplètes ? On repère aussi la qualité du remplissage avant de séparer quoi que ce soit.
  5. Décochage proprement dit : séparation des pièces. On coupe chaque pièce de l'arbre au niveau de son canal d'alimentation, à la scie à bocfil ou à la pince coupante selon la section. On laisse volontairement un petit moignon de métal sur la pièce : il sera arasé proprement à l'étape de limage.
  6. Tri et pesée. Chaque pièce brute est triée, identifiée et pesée à la balance de précision. L'arbre résiduel (les canaux, le cône de coulée) est récupéré : ce métal précieux — or 750, argent 925 ou platine — sera refondu lors d'une prochaine coulée.
  7. Préparation à la suite. Les pièces propres et libérées passent à l'ébavurage puis au limage et au polissage. Le décochage est terminé : la fonte a livré ses pièces, le travail de l'établi commence.

Outils, matières & gestes associés

Le décochage mobilise peu d'outils nobles mais beaucoup de précautions : un seau d'eau froide pour la trempe, un bac à décantation pour récupérer les boues chargées en métal précieux, des brosses et un jet d'eau, le bac à ultrasons pour déloger le plâtre des creux, et la scie à bocfil ou la pince coupante pour séparer les pièces de l'arbre. La balance de précision sert à peser le récupéré.

Pour aller plus loin

Le décochage s'inscrit dans la chaîne de la fonte à cire perdue : en amont, on a réalisé le moule en caoutchouc, l'injection de cire et le montage de l'arbre de coulée, parfois après modélisation en CAO-FAO. Le décochage est le miroir de la mise en moule : là où l'on avait enrobé l'arbre de cire dans le plâtre, on dégage maintenant l'arbre de métal de ce même plâtre.

En aval viennent l'ébavurage, le limage, le polissage à la main, puis selon le bijou le sertissage d'un diamant ou d'un saphir, le rhodiage et le poinçonnage de contrôle. Pour comprendre l'ensemble, voir notre guide bijou sur mesure à Issy et Châtillon.

Erreurs fréquentes & conseils de pro

Le saviez-vous

Le mot « décochage » est un emprunt direct à la grande fonderie, celle qui coule les blocs moteurs et les cloches. Là-bas, « décocher » signifie briser le moule de sable pour en extraire la pièce, et l'opération est si violente qu'elle se fait à la masse ou sur une grille vibrante. En joaillerie, c'est exactement l'inverse de l'échelle : le même geste se joue sur un arbre tenant dans la main, où chaque bague pèse quelques grammes et où l'on retient son souffle en plongeant le cylindre dans l'eau. Ce nuage de vapeur qui s'échappe au moment de la trempe, c'est l'un des petits spectacles quotidiens de l'atelier : l'instant précis où un dessin de cire, devenu métal, apparaît enfin à la lumière.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le décochage et l'ébavurage ?

Le décochage libère les pièces : on retire le plâtre réfractaire et on détache chaque pièce de l'arbre de coulée. L'ébavurage vient juste après : il consiste à éliminer les bavures, le moignon de canal restant et les petits défauts de surface, généralement à la lime. Le décochage sort la pièce de la fonte ; l'ébavurage commence à la nettoyer pour la finition.

Pourquoi plonge-t-on le cylindre dans l'eau froide ?

Le choc thermique fait éclater et se déliter le plâtre réfractaire, qui se transforme en bouillie facile à dégager. C'est la méthode la plus rapide pour libérer l'arbre. Sur des pièces très fines ou certains alliages, on tempère ce choc en laissant d'abord refroidir un peu, pour ne pas déformer le métal.

Que devient le plâtre retiré et le métal de l'arbre ?

Le plâtre part au bac à décantation, jamais à l'évier, car ses boues contiennent des fines de métal précieux. Le métal de l'arbre — canaux et cône de coulée — est récupéré et refondu pour les coulées suivantes. En joaillerie, on ne gaspille ni l'or ni le platine.

Le décochage abîme-t-il les pièces ?

Bien fait, non : le métal est solide une fois figé. Les risques viennent d'un choc thermique mal géré sur des sections minces, ou d'une séparation forcée à la main. C'est pourquoi on sépare les pièces à la scie à bocfil et non en tordant l'arbre, et qu'on inspecte le tout à la loupe binoculaire.

À quoi ressemble une pièce juste après le décochage ?

À une pièce brute, mate et grise, portant encore un petit moignon de métal là où elle était reliée à l'arbre, parfois quelques traces de plâtre et d'oxydation. C'est très loin du bijou fini : il lui reste tout le parcours de limage, de polissage et, le cas échéant, de sertissage avant de briller.

Un projet qui demande ce savoir-faire ?

Nos artisans joailliers pratiquent décochage et tous les gestes du métier à Issy & Châtillon — création, transformation, réparation.

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